






13 Octobre 2007 - 28 Janvier 2008, Galerie nationale du Grand Palais.
( à ajouter quelques repères biographique. date de naissance à Ornans 1817-1877 mort en Suisse)
Mégalo, provocateur, incompri, engagé, talentueux à coup sûr... Courbet est de ces artistes qui vous interpèle quelque soit votre bord en matière d'art ! Choqués ou admiratifs , il me semble que l'on ne peut rester indifférent aux reflets picturaux d'une telle personnalité.
Cette opinion je me la suis construite autour de cette magnifique exposition que nous offre la réunion des musées nationaux : un parcours solidement élaboré autour des différentes phases de la carrière de Gustave, une salle pour chaque sujet. Cet accrochage logique mais d'apparence plutot audacieuse (la scènographie n'a rien de monotone) plonge le visiteur dans une ambiance appropriée. le conditionnement est parfait. Un élément cependant que l'on m'a fait remarquer récemment : les couleurs des murs. Rouge trop vif par endroit, quelque peu innapte à mettre en valeur les oeuvres. Mais la progression se fait avec plaisir d'un espace à l'autre comme je me trouvais dans l'esprit même de l'artiste... De plus, les infos sérigraphiées à même les murs sont pour une fois plus qu'un simple chronologie biographique !
D'abord, un visage... celui de l'artiste avec sa vision de lui même au travers de sa production, trés abondante (trop?) d'autoportraits. Un homme qui se dépeint d'abord dans sa prime jeunesse : le désir de se donner une image d'artiste bohême , endormi au pieds d'un arbre ( Baudelaire es-tu là?). D'un artiste complet , autoportrait au violoncelle. Un Artiste conquérant, un grand homme mûr en se représentant arborant avec fierté la barbe assyrienne.
Jusqu'à présent aucune faille... un stoïcisme constant et une assurance dans les portraits... jusqu'à l'arrivée au Fou de Peur aprés avoir contemplé le Désespéré : la défaillance, la détresse d'un créateur, qui, comme tout génie qui se respecte, est en prise à l'angoisse et à la démence. Une expréssivité qui atteint son paroxysme et vient nous interpeller avec une telle violence, une telle proximité... loin dérrière les portraits d'idéalisation néo- classique, nous voilà face à la réalité d'un homme et d'un individu. jeux d'ombres et de lumières , effets de contrastes mettent en valeur les défauts et les particularités physiques de Courbet. A mon sens, voilà une belle démonstration du portrait "Réaliste" et le compte rendu d'une véritable introspection source de talent pour le reste de la production de l'artiste.
Ensuite les portraits des proches... la famille à Ornans la ville natale de Gustave, les amis... dépeints au travers d'un regard isolé pour chaque personnage. Une soeur énigmatique, Juliette Courbet : endormie, vulnérable, sur un croquis ou bien nous fixant, inquiètante, sur un tableau au moyen d'une touche précise et sensuelle.
Le format de la peinture d'histoire? il l'utilise pour des scènes anecdotiques : le retour des paysans de Flagey de la foire (excusez l'approximation du titre), Un enterrement à Ornans, scènes de combat entre les cerfs... provocation mais aussi regard sur ses contemporains, témoignage d'une classe donnée, à une époque donnée. Une observation de la nature révélant un réel talent de dessinateur, capable de reproduire les moments les plus éphémères avec spontaneité et vie. Des affrontements de cervidés dont on peut distinguer les veines et l'écume de leur gueule grâce à une représentation précise et un cadrage sérré faisant de nous presque des acteurs de la scène. Sensibilité... attirance pour la nature.
Un sexe de femme velu... c'est donc ça l'Origine du Monde? Qui sommes-nous donc pour décider des artistes aptes à intégrer le Salon? Nous venons tous de... ça ! Un jeu sur le spectateur, attiré par ce qui est tabou, qu'est ce qui est montrable et qu'est ce qui ne l'est pas? On va oser la regarder? Hihi même aujourd'hui je me surprend à rougir devant ce qui consiste en notre origine.
Et justement... les femmes, ensembles. Au XIX ème hum hum. Le sommeil, un couple de lesbiennes, endormies, certes, mais les postures alanguies évocatrices de luxure, fatiguées, le laisser-aller total, les colliers cassés et autres détails nous informe de ce qui s'est produit avant... quel coquin ce Courbet ! Même ses Demoiselles du bord de Seine sont dérangeantes, témoignage de ce que tout le monde sait mais dont personne ne parle. Deux jeunes filles complètement avachies, à moitié défroquées : c'est ça la vraie bourgeoisie XIX ème ! La nouvelle tendance des Grands de cette sociéré à fréquenter les berges. Et toujours la présence symbolique des fleurs, la femme fleur, l'érotisme, le détournement de cet emblème marial des annonciations pour désigner la luxure féminine.
Toujours dans le contexte de la provocation... un Noli me Tangere avec une pointe de blasphème : Grosse femme d'âge mûr de dos représentée avec ses défauts, sa cellulite, ses bourrelets.. bref la totale ! Pourquoi nier ce qui existe? Réalisme... qui va de pair avec provocation : imitation d'un sujet religieux et suggestion du désir érotique homosexuel (suivez le regard envieu de la servante sur sa maitresse qui la repousse d'un geste clair).
Courbet : pour moi l'ensemble de son oeuvre est un choc, on se cogne à ses tableau comme on peut se heurter à une vérité que l'on a toujours refusé de regarder en face.
Ouf fini , même si l'on aurait tant de choses à ajouter... malgré ma pitoyable connaissance de l'art du XIX e, j'ai tenté de donner mes impressions sur cet artiste qui m'a agréablement surpris et passionné entre les murs de ce Grand Palais !